x Tout est énergie et cela résume tout.  Mettez vous sur la fréquence de la réalité que vous voulez obtenir et vous ne pourrez obtenir que cette réalité.     Albert Einstein

  • L'ici et maintenant de l'espace

    Comment saisir une dimension intangible de l'espace ? Comment faire surgir ce collage hétérogène qu'est la réalité où coexistent de l’inconnu avec de l’imaginaire ? Comment montrer l’imaginaire spatial plaqué sur notre réalité?

     

    En créant littéralement des pièges «capteurs d’espace». Conçus comme des expériences sensibles sur la réalité., il s'agit de faire œuvre avec le monde, sur, et dans le monde. Il en résulte une pratique à même les spatialités usuelles du lieu, un art immersif qui, par des agencements abstraits, crée des sortes de chaos spatial, des lieux  aux formes déconstruites, qui nous connectent à une forme énigmatique et incohérente de l'espace. Cela nous oblige comme par réflexe, à chercher à reconstruire le lieu en une entité saisissable, à nouveau organisée, mieux définie Cela implique in situ de faire des choix, de se libérer de la cohérence familière de l'espace pour s’ouvrir à un monde qui nous devient propre. L’intuition de l'espace se met en mouvement, on devient presque à son insu plus conscient des paramètres invisibles du lieu.

     

    Tout peut ainsi devenir plus abstrait, inusuel, s'ouvrir à la dimension multiple des possibles. La multiplicité flotte partout, à-même notre réalité, on peut apprendre à danser avec l'inconnu des possibles,  à jouer avec l’espace/temps dans la plasticité de notre intellect. Expériences d’agencements de spatialité et de réalité, que l'on peut à tout moment  s'essayer de répéter. A la base cet espace d’art se trouve une quête à-même le monde, de la saisie de l'espace/temps, de cet « ici et maintenant » de l’espace et du temps.

  • Quand la lumière crée le lieu, et l'acte de voir le monde

    Travailler la lumière sur le site -in situ-, agir sur les luminosités du lieu d’exposition transforme le site et le recrée. En contrariant les points de vue, les obscurités, ouvrant ou fermant certains champs ou la forme des halos, coloriant la lumière, cela peut changer les chemins visuels et notre perception. Ces actions inscrivent l’espace, façonnent le lieu autrement, il se déploie dans une de ces réalités parallèles, un de ces possibles qui nous traversent. Quelques néons posés ça et là, en colorer le halo, peuvent emporter nos sens, travailler notre présence au monde, ouvrir un jeu spatial qui hypnotise nos références spatio-temporelles, suspend nos images habituelles de la réalité.

     

    La lumière a cette capacité de créer l’agencement du monde, c’est un medium capable de façonner le jeu infini des rapports de formes et de couleurs. Il dessine notre réalité et notre regard, sculpte, accentue, véhicule toutes sortes d’informations. C’est une onde extrêmement active qui agit sur nos sens et essentielle à la perception du monde et de l’espace. Moduler la lumière ouvre des champs, trace de nouveaux chemins, la brouiller nous fait perdre visibilité et compréhension des logiques spatiales usuelles.

    Il s’agit d’attraper les spatialités dans lesquelles se conçoivent habituellement le lieu et les gens et de les modifier vers des espaces inusuels. Travailler la lumière déconstruit le lieu et nous inscrit dans un monde plus intrigant, mobile et éphémère. Par la modulation de la lumière, nous pouvons ressentir combien le monde n’est que constructions, et donc multiple ; et le visible peu stable, polymorphe et insondable. S'ouvre alors un moment méditatif et performatif, absorbé par la plasticité du monde, la variation infinie de ses lumières, de ses couleurs, un moment de porosité des 5 sens -le mental étant considéré comme un sens. Car c’est là où les spatialités se construisent et se déconstruisent que pourrait bien se révéler un travail sur le réel en soi.
  • Le lieu comme miroir de nous-même? qu'en est-il si l'espace est multiple

    Les incertitudes et précarités du monde se reflètent dans l'espace qu'a inventé notre imaginaire collectif. Alors je trace, des lignes, des axes, des leurres, dans l’espace du site,"in situ", capables de déstabiliser les codes qui fabriquent le lieu, saisir les regards qui interprètent, et nous imbriquer dans un espace aux dimensions inconçues. L'intervention explore jusqu’au chaos des géométries nouvelles, la versatilité infinie du lieu et de l’espace. ​
     
    ​Perdre la maîtrise du regard, changer les perspectives, ressentir directement, expérimenter physiquement les multiplicités qui habitent l’espace où nous sommes pris. ​Chaque installation devient moment d’inconnu, dialogue projectif, champ spatial inédit. Une fois dégagés de nos concepts spatiaux, nous sommes mis radicalement en question par l'espace, notre imaginaire s'y abîme.
     
    Il n’y a de limites que celles de notre esprit et nos préconçus du monde. Nos assurances spatiales mises à mal, les configurations et représentations de l’espace tombent pour laisser place à une ouverture sans limites, un champ d'inconnu spatial inouï, inédit. Nous sommes multiple et  infini.
     
  • Le corps, une aventure spatiale dédaléenne

    Au sortir de mes études de dessin, je décide de démarrer avec le tracé du corps. Plus vaste que le physique, le corps est un espace insaisissable, sorte d'intérieur-extérieur fait d'humeurs, d'air, d'échanges. Dans la foulée, l'image du corps se fissure, devient énigme ; nous n’avons de corps que nos préconçus, de l'imaginaire plaqué sur un ressenti.
    Ce qui tout du long allait m'intéresser finalement, c'était non pas le corps mais l'espace du corps ; et d’une certaine manière j'y travaille toujours. Déposer sur papier l'image d'un corps que je devinais plus que je ne le voyais, aucun dessin n'y parvenait. Mais l'anneau de Moebius, où deux faces ne font qu'une, le 1 dans le 2, un intérieur-extérieur, concrétisait le corps selon l'idée que j'en avais. Tout-à-coup s'ouvrent tant de possibles. Le corps bascule dans l'anneau, il devient bande de Moebius. Ce glissement vers l'anneau opéré, il fallait plastiquement explorer, rencontrer, jouer de cet objet topologique.
    ​Mais jouer de la topologie nous amène tellement loin de notre réalité, que je n'en sû plus rien. Dans la foulée le monde se lâche, se libère, sort de la géométrie euclidienne, le monde bascule dans la topologie, j'en perds le fil, une béance commence à s'écrire. ​Affranchie de mes repères, les sens de l’espace se délitent, je ne maîtrise plus aucun donné, mes  images mentales, mon esprit s'y défont. ​Avec mes expériences non euclidiennes, haut, bas, avant, arrière, proche, éloigné, sont radicalement mis en jeu. Le corsps-anneau de Moebius devient topologie du subjectile, je ne dessine plus ni le corps ni l’anneau.
     
    Libérée de mon besoin de l’image, dégagée du corps, ne reste que la recherche de l’espace a priori.
  • Une capture de l'espace par la géométrie

    Le capteur d'espace par la géométrie est un dispositif qui sculpte l'espace avec de la géométrie. Il n’a de cesse de déconstruire la spatialité architecturale du lieu par une géométrie inusuelle, au code insaisissable. Il s’attache par ce biais à déstabiliser nos codes perspectifs pour laisser ouvert et rendre accessible quelque chose de l’espace insaisissable, visible mais quasi illisible.
    Un capteur d'espace par la géométrie est un maillage, une «géométrie-filet» posée directement sur le lieu, qui a pour fonction de capter, perturber, recomposer et exposer l'espace d’un lieu. Il triture quelques-unes des formes qui sous-tendent le visible, ainsi que certaines des dimensions moins conscientes de l'espace, comme sa multidimensionnalité, sa forme métamorphe, ou encore le vibrant des ondes de formes, de couleurs ou de lumière. C'est un vortex, une optique déformante, qui déstabilise les points de vue, délocalise les orientations, libère les 4 dimensions et devient la porte d'accès, de basculement vers un champ spatial hors sens, dans un espace-temps énigmatique. Le capteur d'espace s’inspire de certains de nos patterns actuels (mathématique, astrophysique, cosmogonique,...), car ce sont nos codes perspectifs qui nous permettent d’accéder à l’espace.
     
    Je cherche à débusquer les nouvelles spatialités de notre imaginaire contemporain, leurs représentations en ce début du 21eme siècle, au moment où s’imposent avec force, dans notre univers visuel, ces spatialités que sont trous noirs, multivers, éons ou topologie quantique ; car nous ne sommes peut-être que l’imaginaire spatial de notre époque.
  • La cherche et la recherche

    La «cherche» c'est chercher de tableau en tableau quelque chose qu'on ne trouve jamais. Là n'est pas mon enjeu mais plutôt la « recherche », qui est une exploration de l'ordre du concept, et ce qu'il m’intéresse d'explorer : l'espace.
    L’espace est une donnée essentielle, structurante, mais dont on ne sait rien en dire d'autre que le rapport que nous entretenons avec ses spatialités (lieu, distance, étendue, durée, contenant, contenu,...) et selon le biais de nos modèles d’approche tels que Mathématiques, Physique, Architecture,…
     
    Mon travail se propose de mettre concrètement en action dans le champ de l’œuvre quelques questions de recherche sur l’espace : qu’est-ce qui est en jeu lorsque l’on se trouve face à l'incohérence de champs spatiaux, jusqu'où nos modèles conceptuels forment-ils le mode d’accessibilité à l'espace lui-même, la transformation des représentations de l'espace peut-elle agir sur la stabilité de ce méta concept, ...
     
    L'espace relève à la fois au champ du symbolique et à celui de l'imaginaire, et tous deux, mais diversement, influencent l'évolution de la notion d'espace elle-même. Chaque société stabilise par ailleurs diverses spatialités fondamentales (terre/cosmos, vide/plein, dedans/dehors, haut/bas,...) comme mode d'accès tant pratique que conceptuel, à l'espace lui-même. Notions et concepts d'espace fondent et façonnent nos constructions mentales, et influencent nos relations à nous-même, aux autres, avec le monde, et surtout contaminent nos représentations et nos mécanismes de préhension de la réalité. Et s'il y a très certainement une conception innée et intuitive, peut-être même collective, de l’espace qui s’y imbrique, formes et conceptions de l'espace n'en continuent pas moins de changer selon les cultures et les époques. Mais l'émergence de nouveaux patterns de l'espace passe par quelque chose qui travaille de manière cachée et inaccessible nos fondations, et c'est ce réel que j'essaie de saisir et débusquer avec mes capteurs d'espace.
     
    ​à Sami El Hage
  • Pourquoi des expériences spatiales ?

    Comment montrer que nous vivons dans une pure construction spatio-temporelle que notre regard et notre mental composent, tel un peintre façonne son tableau selon son époque avec les médiums disponibles. Le monde est un état instable de rapports, le résultat intuitif d'articulations, le monde n'est que tableau, collage d'images, de sensations, l'ensemble de nos conceptions, et c'est sur ce matériau que je travaille pour modifier la cohérence spatiale d'un lieu. Mais l'espace du monde est aussi composé de choses insondables cachées sous nos yeux dans la réalité.

     

    J'ai pour but de peindre autrement le tableau du monde, de redessiner de manière éphémère les interactions du lieu, d'agir un instant bref sur notre environnement afin de saisir l'espace et y faire ressentir ces autres chemins qui articulent le visible. Je voudrais débrider notre regard pour que nous puissions redessiner ce visible chaque jour au sein même de notre conception consensuelle. Mon intervention d'artiste consiste à bousculer les formes du monde et en particulier la cohérence et l'homogénéité d'usage qui s'appliquent au bâti afin d'y tracer de nouveaux chemin et ouvrir un espace de liberté créative. Mais l'action sur l’espace n’est pas l’œuvre en soi, c'est bien l’expérience spatiale elle-même qui l'est, et elle n’existe que lorsqu'un visiteur est présent et active le capteur d'espace. Dès l’instant où on devient créateur ici et maintenant de son propre espace, s’installe un « être-là » au monde fort, constitutif de réalité, du vivant et de soi.