x Postulats#Recherche

x Tout est énergie et cela résume tout.  Mettez vous sur la fréquence de la réalité que vous voulez obtenir et vous ne pourrez obtenir que cette réalité.  

Albert Einstein

Un « ici et maintenant » de l’espace

Il s'agit ici d’explorer la multidimensionnalité du monde et la forme polymorphe de l’espace.

Ma pratique est une démarche performative qui consiste à faire œuvre avec le monde, sur et dans le monde. Il en résulte une pratique singulière par exploration et essais à même les spatialités usuelles du lieu. Comment saisir une dimension intangible de l'espace ? Comment faire surgir ce collage hétérogène où coexistent dans la réalité de l’inconnu avec de l’imaginaire ? Comment montrer l’imaginaire spatial plaqué sur notre réalité? En créant littéralement des pièges «capteurs d’espace» conçus comme des expériences sensibles qui nous invitent à avoir une démarche de composition sur la réalité. Car c’est un art immersif qui crée par des agencements abstraits un chaos spatial, un espace aux formes déconstruites qui nous connecte à une forme incohérente de l'espace, à un espace énigmatique et nous oblige comme par réflexe à le reconstruire en une entité saisissable, pour rendre l’espace du lieu à nouveau organisé, mieux défini. Cela implique de s’offrir in situ à la liberté singulière de faire des choix, de se libérer de la cohérence de l'espace familier pour s’ouvrir à un monde qui nous devient propre, extra-sensible, transversal. Tout peut ainsi devenir plus abstrait au sein de ces déambulations inusuelles, et dans le même temps on y cherchera ces dimensions multiples à partir de soi, à ramener cette multiplicité qui flotte à-même notre réalité, danser avec le lieu, jouer avec l’espace et avec la plasticité de notre intellect. C’est à ce prix que l’intuition se met en mouvement. Par ce biais, on devient presque à son insu plus conscient des paramètres du visible, et on pourra plus tard s'essayer à répéter l’expérience d’agencement de spatialité et de réalité.

A la base cet espace d’art se trouve une quête dans le monde, de cette qualité extra-sensible et éphémère de l'espace, cet « ici et maintenant » de l’espace.

 
Une recherche sur l’espace, et non une cherche
La «cherche» c'est chercher de tableau en tableau quelque chose qu'on ne trouve jamais. Là n'est pas mon enjeu mais plutôt la « recherche », qui est une exploration de l'ordre du concept, et ce qu'il m’intéresse d'explorer : l'espace.
L’espace est une donnée essentielle, structurante, mais dont on ne sait rien en dire d'autre que le rapport que nous entretenons avec ses spatialités (lieu, distance, étendue, durée, contenant, contenu,...) et selon le biais de nos modèles d’approche tels que Mathématiques, Physique, Architecture,…
 
Mon travail se propose de mettre concrètement en action dans le champ de l’œuvre quelques questions de recherche sur l’espace : qu’est-ce qui est en jeu lorsque l’on se trouve face à l'incohérence de champs spatiaux, jusqu'où nos modèles conceptuels forment-ils le mode d’accessibilité à l'espace lui-même, la transformation des représentations de l'espace peut-elle agir sur la stabilité de ce méta concept, ...
 
L'espace relève à la fois au champ du symbolique et à celui de l'imaginaire, et tous deux, mais diversement, influencent l'évolution de la notion d'espace elle-même. Chaque société stabilise par ailleurs diverses spatialités fondamentales (terre/cosmos, vide/plein, dedans/dehors, haut/bas,...) comme mode d'accès tant pratique que conceptuel, à l'espace lui-même. Notions et concepts d'espace fondent et façonnent nos constructions mentales, et influencent nos relations à nous-même, aux autres, avec le monde, et surtout contaminent nos représentations et nos mécanismes de préhension de la réalité. Et s'il y a très certainement une conception innée et intuitive, peut-être même collective, de l’espace qui s’y imbrique, formes et conceptions de l'espace n'en continuent pas moins de changer selon les cultures et les époques. Mais l'émergence de nouveaux patterns de l'espace passe par quelque chose qui travaille de manière cachée et inaccessible nos fondations, et c'est ce réel que j'essaie de saisir et débusquer avec mes capteurs d'espace.
 
​à Sami El Hage

Pourquoi des expériences spatiales?

Comment montrer que nous vivons dans une pure construction spatio-temporelle que notre regard et notre mental composent, tel un peintre façonne son tableau selon son époque avec les médiums disponibles. Le monde est un état instable de rapports, le résultat intuitif d'articulations, le monde n'est que tableau, collage d'images, de sensations, l'ensemble de nos conceptions, et c'est sur ce matériau que je travaille pour modifier la cohérence spatiale d'un lieu. Mais l'espace du monde est aussi composé de choses insondables cachées sous nos yeux dans la réalité.

 

J'ai pour but de peindre autrement le tableau du monde, de redessiner de manière éphémère les interactions du lieu, d'agir un instant bref sur notre environnement afin de saisir l'espace et y faire ressentir ces autres chemins qui articulent le visible. Je voudrais débrider notre regard pour que nous puissions redessiner ce visible chaque jour au sein même de notre conception consensuelle. Mon intervention d'artiste consiste à bousculer les formes du monde et en particulier la cohérence et l'homogénéité d'usage qui s'appliquent au bâti afin d'y tracer de nouveaux chemin et ouvrir un espace de liberté créative. Mais l'action sur l’espace n’est pas l’œuvre en soi, c'est bien l’expérience spatiale elle-même qui l'est, et elle n’existe que lorsqu'un visiteur est présent et active le capteur d'espace. Dès l’instant où on devient créateur ici et maintenant de son propre espace, s’installe un « être-là » au monde fort, constitutif de réalité, du vivant et de soi.

​Une capture de l'espace par la géométrie
Un space catcher par la géométrie est un dispositif qui sculpte l'espace avec de la géométrie. C'est un maillage, une «géométrie-filet» posée directement sur le lieu, qui a pour fonction de capter, perturber, recomposer et exposer l'espace d’un lieu. Il triture quelques-unes des formes qui sous-tendent le visible, ainsi que certaines des dimensions moins conscientes de l'espace, comme sa multidimensionnalité, sa forme métamorphe, ou encore le vibrant des ondes de formes, de couleurs ou de lumière. C'est un vortex, une optique déformante, qui déstabilise les points de vue, délocalise les orientations, libère les 4 dimensions et devient la porte d'accès, de basculement vers un champ spatial hors sens, dans un espace-temps énigmatique. Chaque space catcher s’inspire de certains de nos patterns actuels, mathématique, astrophysique, cosmogonique,...,car ce sont nos codes perspectifs qui nous permettent d’accéder à l’espace.
 
Un space catcher par la géométrie n’a de cesse de déconstruire la spatialité architecturale du lieu par une géométrie inusuelle, au code insaisissable. Il s’attache par ce biais à déstabiliser nos codes perspectifs pour laisser ouvert et rendre accessible quelque chose de l’espace insaisissable, visible mais quasi illisible.
 
Je cherche à débusquer les nouvelles spatialités de notre imaginaire contemporain, leurs représentations en ce début du 21eme siècle, au moment où s’imposent avec force, dans notre univers visuel, ces spatialités que sont trous noirs, multivers, éons et topologie quantique ; car nous ne sommes peut-être que l’imaginaire spatial de notre époque.

Quand la lumière recrée le lieu et l’acte de voir, le monde ; une capture de l'espace par la lumière

​La lumière a cette capacité de créer l’agencement du monde, c’est un medium capable de façonner le jeu infini des rapports de formes et de couleurs. Il dessine notre réalité et notre regard, sculpte, accentue, véhicule toutes sortes d’informations ; moduler la lumière ouvre des champs, trace de nouveaux chemins, la brouiller nous fait perdre visibilité et compréhension des logiques spatiales usuelles. C’est une onde extrêmement active qui agit sur nos sens et essentielle à la perception du monde et de l’espace.
 
Travailler la lumière sur le site -in situ-, agir sur les luminosités du lieu d’exposition transforme le site et le recrée. En contrariant les points de vue, les obscurités, ouvrant ou fermant certains champs ou la forme des halos, coloriant la lumière, cela peut changer les chemins visuels et notre perception. Ces actions inscrivent l’espace, façonnent le lieu autrement, il se déploie dans une de ces réalités parallèles, un de ces possibles qui nous traversent. Quelques néons posés ça et là, en colorer le halo, peuvent emporter nos sens, travailler notre présence au monde, ouvrir un jeu spatial qui hypnotise nos références spatio-temporelles, suspend nos images habituelles de la réalité. Il s’agit d’attraper les spatialités dans lesquelles se conçoivent habituellement le lieu et les gens et de les modifier vers des espaces inusuels.
 
Travailler la lumière déconstruit le lieu, reconstruit ses spatialités et nous inscrit dans un monde plus intrigant, mobile et éphémère. Par la modulation de la lumière, nous pouvons ressentir combien le monde n’est que constructions, et donc multiple ; et le visible peu stable, polymorphe et insondable. S'ouvre alors un moment méditatif et performatif, absorbé par la plasticité du monde, la variation infinie de ses lumières, de ses couleurs, un moment de porosité des 5 sens -le mental étant considéré comme un sens. Car c’est là où les spatialités se construisent et se déconstruisent que pourrait bien se révéler être un travail sur le réel en soi.