x Postulats x NoGold's space catchers

«Ce que nous avons appelé matière n'est que de l'énergie qui a ralenti sa vibration afin d'être perceptible par nos sens. Il n'y a pas de matière.» Albert Einstein, physicien

«Toute science est métaphorique.» ​René Thom, mathématicien

​Une capture de l'espace par la géométrie

Un space catcher par la géométrie est un dispositif qui sculpte l'espace avec de la géométrie. C'est un maillage, une «géométrie-filet» posée directement sur le lieu, qui a pour fonction de capter, exposer, perturber et recomposer l'espace d’un lieu. Il vise à rendre accessible quelques-unes des formes qui sous-tendent le visible, ainsi que certaines des dimensions moins conscientes de l'espace, comme sa multidimensionnalité, sa forme métamorphe, ou encore le vibrant des ondes de formes, de couleurs ou de lumière.

 

Mais le capteur d’espace n’est pas l’œuvre en soi, c’est bien la captation éphémère de l’espace elle-même qui l’est ; l’expérience spatiale est l’œuvre. Car c’est toujours un performatif intime et particulier, qui n’agit que lorsqu'un visiteur y est présent. Il nous immerge dans un vortex, une optique déformante, déstabilise les points de vue, délocalise les orientations, libère les 4 dimensions et nous déplace dans un "trou noir" perceptif. L'immersion géométrique devient la porte d'accès, de basculement vers un champ spatial hors sens, dans un espace-temps énigmatique.

 

Un space catcher par la géométrie n’a de cesse de déconstruire la spatialité architecturale du lieu, sachant que l’agencement d'un lieu est le fruit de notre imaginaire culturel sur l’espace. Il s’attache à redessiner nos codes perspectifs pour accéder à l’espace devenu quasi illisible. Il cherche les nouvelles spatialités de notre imaginaire contemporain, leurs représentations, en cohérence avec nos flux actuels émergents sur l’espace en ce début du 21eme siècle.

 

Chaque space catcher s’inspire de certains de nos patterns actuels, mathématiques, astrophysiques, cosmogoniques,..., au moment où s’imposent avec force, dans notre univers visuel, ces spatialités que sont trous noirs, multivers, topologie quantique, éons,... Car ce sont nos codes perspectifs qui nous permettent d’accéder à l’espace ; nous ne sommes peut-être que l’imaginaire spatial de notre époque.

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La "cherche" et la recherche

La «Cherche» c'est chercher de tableau en tableau quelque chose qu'on ne trouve pas. La « Recherche » c'est une exploration de l'ordre du concept. Ce qu'il m’intéresse d'explorer : L'espace.

Quelques questions de recherche sur l’espace que mon travail se propose de mettre concrètement en action dans le champ de l’œuvre : qu’est-ce qui est en jeu lorsque l’on se trouve face à l'incohérence de champs spatiaux ; jusqu'où nos modèles conceptuels forment-ils le mode d’accessibilité à l'espace lui-même ; la mise au travail de la notion d'espace agit-elle sur la stabilité de ce «méta» concept ;...

 

L'espace appartient à la fois au champ symbolique et à celui de l'imaginaire et ils influencent tous deux diversement l'évolution de cette notion. La culture a par ailleurs stabilisé diverses spatialités fondamentales pour la société, qui les vit comme mode d'accès -tant pratique qu’abstrait- à l'espace lui-même, tels que cosmos, vide et dense, dedans et dehors,...

 

La notion et le concept d'espace fondent et façonnent nos constructions mentales, nos relations d'individus, que ce soit entre nous ou avec soi, ainsi que nos mécanismes de préhension du monde. Il y a très certainement une conception innée et intuitive de l’espace qui s’imbrique dans tous nos modèles et concepts, mais cependant, formes et conceptions changent selon les cultures et les époques. Et il faut faire le constat que l'émergence de nouveaux patterns liés à l'espace passe par quelque chose de caché et inaccessible.

 

L’espace est une donnée essentielle, structurante, mais dont on ne sait rien en dire d'autre que le rapport que nous entretenons avec ses spatialités (contenant/contenu, lieu, distance, étendue, durée,...) et selon le biais de nos modèles d’approche tels que Mathématiques, Physique, Architecture,…

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​à Sami El Hage

Paravoor, Inde 2018

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Pourquoi des expériences spatiales?

Parce que le monde est un tableau, une image-collage faite de l'ensemble de nos conceptions du monde, mais l'espace du monde reste cependant constitué de choses insondables cachées dans la réalité usuelle. Comment montrer que nous vivons dans un pure construction spatio-temporelle que nos yeux et notre mental composent, tel un peintre façonne son tableau selon son époque avec les médiums disponibles.

Le monde est un état de rapports, le résultat intuitif d'articulations, et c'est ce que je modifie quand je travaille la cohérence spatiale d'un lieu. J'ai pour but de redessiner les interactions de notre environnement , saisir l'espace d'un lieu pour y faire ressentir ces autres chemins qui articulent le visible, et ainsi débrider notre regard. Ce visible que nous redessinons chaque jour au sein même de la conception que l'on a de l'espace, qui s'élabore selon chaque type de consensus d'époque et de société. Mon intervention d'artiste consiste à bousculer les formes propres à notre typologie intellectuelle, et en particulier la cohérence et l'homogénéité d'usage qui s'appliquent au bâti.

 

Quand la lumière recrée le lieu et l’acte de voir, le monde

La lumière a cette capacité de créer l’agencement du monde, c’est un medium capable de façonner le jeu infini des rapports de formes et de couleurs. Il dessine notre réalité et notre regard, sculpte, accentue, véhicule toutes sortes d’informations ; moduler la lumière ouvre des champs, trace de nouveaux chemins, la brouiller nous fait perdre visibilité et compréhension des logiques spatiales usuelles. C’est une onde extrêmement active qui agit sur nos sens et essentielle à la perception du monde et de l’espace.

 

Travailler la lumière sur le site -in situ -, agir sur les luminosités du lieu d’exposition, recrée le site, le transforme. En contrariant les points de vue, les obscurités, ouvrant ou fermant certains champs ou la forme des halos, coloriant la lumière, cela peut changer les chemins visuels et notre perception. Ces actions inscrivent l’espace, façonnent le lieu autrement, il se déploie dans une de ces réalités parallèles, un de ces possibles qui nous traversent. Quelques néons posés ça et là, en colorer le halo, peuvent emporter nos sens, travailler notre présence au monde, ouvrir un jeu spatial qui hypnotise nos références spatio-temporelles, suspend nos images habituelles de la réalité. Il s’agit d’attraper les spatialités dans lesquelles se conçoivent habituellement le lieu et les gens et de les modifier vers des espaces inusuels.

 

Travailler la lumière déconstruit le lieu, reconstruit la spatialité, et nous inscrit dans un monde intrigant, mobile et éphémère. Par la modulation de la lumière, nous pouvons ressentir combien le monde n’est que construction et multiple, et le visible peu stable, polymorphe et insondable. S'ouvre alors un moment méditatif et performatif, absorbé par la plasticité du monde, de ses lumières, de ses couleurs, un moment de déconstruction des sens -le mental étant considéré comme un sens. Car c’est là où les spatialités se construisent et se déconstruisent que pourrait bien se révéler être le travail du réel en soi.

Dès l’instant où on devient créateur ici et maintenant de son propre espace, s’installe un « être-là » au monde fort, constitutif du vivant et de soi.

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© Nogold